J’étais tranquillement dans le couloir du lycée, en train de ranger mes affaires dans mon sac, quand j’ai entendu des rires derrière moi. — Eh, toi ! Wesh, tu nous ignores maintenant ? J’ai reconnu les voix direct. C’était un groupe de meufs qui me détestaient depuis des mois. Elles étaient cinq, et franchement, j’avais pas la force de me prendre la tête avec elles aujourd’hui. J’ai essayé de continuer mon chemin, mais l’une d’elles m’a attrapée par le bras. — J’te parle, là ! — Lâche-moi, j’ai dit en essayant de me dégager. — Ohhh, elle fait la maligne maintenant ! Elles se sont mises autour de moi. Y en a une qui m’a poussé contre les casiers, une autre qui m’a tiré les cheveux. — Mais vous êtes sérieuses ?! Lâchez-moi ! J’avais les larmes aux yeux, mais je voulais pas leur montrer que j’avais peur. Sauf qu’elles ont commencé à me frapper. J’essayais de me protéger comme je pouvais, mais elles étaient trop nombreuses. Et là… — WESH, VOUS FAITES QUOI LÀ ?! Tout le monde s’est retourné. C’était lui. Le mec le plus froid du lycée. Celui qui parlait à personne, qui se battait tout le temps et qui avait cette réputation de faire peur à tout le monde. Il s’est approché, la mâchoire serrée. — J’vous ai posé une question, bande de folles. Vous faites quoi avec elle ? — Ça te regarde pas, mêle-toi de tes affaires ! a répondu une des filles. Il a lâché un petit rire nerveux. — Ah ouais ? Vous êtes cinq sur une seule meuf et vous vous sentez puissantes ? Une d’elles m’a donné une dernière poussée. Et là, il a vrillé. Il s’est interposé, a repoussé celles qui s’approchaient de moi et les a forcées à reculer. Quand l’une d’elles a essayé de le frapper, il a esquivé et l’a plaquée contre les casiers pour l'arrêter. — J’AI DIT, VOUS LA TOUCHEZ PLUS ! Les filles ont commencé à paniquer. Elles ont fini par dégager en l'insultant de loin. Lui, il les regardait même plus. Il s’est retourné vers moi. Et quand il a vu mon visage, son expression a changé. — Putain… Il s’est approché doucement. — Hé… regarde-moi. J’avais la lèvre qui saignait un peu et les mains qui tremblaient. — Ça va ? il m’a demandé. J’ai hoché la tête, même si c’était complètement faux. Il a baissé les yeux vers mes mains. — Me mens pas. Sa voix était beaucoup plus douce maintenant. — Tu peux marcher ? — Ouais… J’ai essayé de faire un pas, mais mes jambes tremblaient tellement que j’ai failli tomber. Il m’a rattrapée par la taille. — Wesh, doucement… Il m’a regardée quelques secondes avant de retirer sa veste pour la poser sur mes épaules. — Viens. On va bouger d’ici. — Où ça ? — T’inquiète, j’vais pas te faire de mal. Je sais pas pourquoi, mais je l’ai suivi. 🖤 Le grenier… Il m’a emmenée dans un escalier presque jamais utilisé, tout au fond du bâtiment. On a monté plusieurs marches avant d’arriver devant une vieille porte. Il l’a ouverte et m’a fait entrer dans le grenier de l’école. Y avait des vieux cartons, des tables cassées et une petite fenêtre qui laissait passer la lumière du soleil. — Personne vient ici ? j’ai demandé en essuyant mes joues. — Nan. On sera tranquilles deux minutes. Il a refermé la porte derrière nous. Puis il s’est retourné vers moi. — Assieds-toi. Je me suis installée sur une vieille chaise pendant qu’il fouillait dans son sac pour sortir un paquet de mouchoirs. Il est revenu vers moi et s’est accroupi devant ma chaise. — Fais voir ta lèvre. — C’est rien… — Arrête de dire que c’est rien, putain. J’ai baissé les yeux. Il a immédiatement soupiré. — Désolé… j’voulais pas te parler comme ça. Il a pris un mouchoir et l’a approché doucement de ma bouche. — Ça va piquer un peu. J’ai grimacé quand il a touché ma lèvre. — Aïe ! — Oh, pardon, pardon… doucement. J’ai relevé les yeux vers lui. C’était bizarre. D’habitude, il avait toujours l’air énervé, comme si le monde entier le saoulait. Mais là, il faisait attention au moindre de mes mouvements. — Pourquoi t’as fait ça ? j’ai fini par demander. Il a froncé les sourcils. — Quoi ? — Pourquoi tu m’as aidée ? Il s’est arrêté de bouger. — Parce qu’elles étaient cinq sur toi, t’es sérieuse ? — Ouais, mais… tu me connais même pas vraiment. Il a détourné le regard. — Et alors ? J’étais censé les laisser te défoncer devant tout le monde ? J’ai rien répondu. Il s’est relevé et a posé le mouchoir sur une caisse à côté de moi. — Franchement, ça me rend fou, les gens qui s’en prennent aux autres juste parce qu’ils pensent pouvoir le faire. Je l’ai regardé en silence. Puis j’ai murmuré : — Merci… Il a passé une main dans ses cheveux. — T’as pas besoin de me remercier. Un silence s’est installé. Et, sans que je sache pourquoi, j’ai commencé à pleurer. Pas juste deux petites larmes. Non. J’arrivais plus à m’arrêter. Il a paniqué. — Eh, eh, eh… qu’est-ce qu’il y a ? — Rien, j’arrive juste pas… Ma voix s’est cassée. — J’en ai marre… Elles me font ça tout le temps… Son visage s’est fermé. — Attends. Quoi ? J’ai essuyé mes joues. — Ça fait des semaines qu’elles me harcèlent. J’en parle à personne parce que j’ai peur que ça empire. Il m’a fixée pendant quelques secondes. — Pourquoi tu m’as rien dit ? J’ai lâché un petit rire triste. — Bah, parce qu’on se parle jamais. Il a baissé la tête. — Ouais… c’est vrai. Puis il a tiré une caisse et s’est assis juste devant moi. — Écoute-moi. Tu vas plus rester toute seule avec ça, ok ? On va trouver quelqu’un à qui en parler. J’te laisserai pas gérer ça toute seule. J’ai hoché la tête. Mais au moment où j’ai voulu me lever, j’ai entendu des voix dans le couloir. — ELLE EST OÙ, CETTE PUTE ?! Mon sang s’est glacé. C’était elles. Elles nous cherchaient. — Oh non… elles vont me retrouver… Je me suis mise à trembler. Il s’est immédiatement levé. — Hé. Regarde-moi. — Elles vont revenir, j’te jure… — Chut. Respire. Il a jeté un coup d’œil vers la porte, puis il est revenu vers moi. — Viens là. Il m’a guidée vers le mur, dans un coin un peu caché derrière de vieilles étagères. Il s’est placé devant moi pour me protéger des regards si quelqu’un ouvrait la porte. J’étais tellement stressée que j’avais du mal à respirer. — J’ai peur… j’ai murmuré. Il a baissé la tête vers moi. — Je sais. — Et si elles entrent ? — Alors on appellera un adulte et on demandera de l’aide. Mais elles vont pas te toucher ici. Les voix se rapprochaient. Sans réfléchir, j’ai attrapé le devant de son sweat. Il a baissé les yeux vers ma main, puis vers mon visage. — Hé… c’est bon. J’suis là. Il n’a pas essayé de me repousser. Il est simplement resté devant moi, assez près pour que je puisse entendre sa respiration. Quand les pas se sont arrêtés juste derrière la porte, j’ai enfoui mon visage contre son torse. Il a posé doucement une main sur mon épaule. — Respire avec moi, ok ? J’ai essayé de faire comme il disait. Quelques secondes plus tard, les voix se sont éloignées. Mais moi, je bougeais toujours pas. — Elles sont parties ? j’ai chuchoté. — Ouais. J’crois. J’ai relevé la tête. On était toujours tout près l’un de l’autre. Beaucoup trop près pour que je puisse ignorer le fait que mon cœur battait comme une folle. Il m’a regardée dans les yeux. — Ça va un peu mieux ? J’ai hoché la tête. — Ouais… Il a esquissé un petit sourire. — Tant mieux. Je l’ai observé quelques secondes avant de lâcher : — T’es pas du tout comme je pensais. Il a haussé un sourcil. — Ah ouais ? Et tu pensais quoi de moi ? — Que t’étais un gros connard. Il a éclaté de rire. — WESH ?! Mais t’es sérieuse ?! Pour la première fois depuis le début de la journée, j’ai rigolé aussi. Il m’a regardée, amusé. — Ah, voilà. C’est mieux quand tu souris. Mon sourire s’est effacé petit à petit. — Tu vas pas raconter aux autres que j’ai pleuré, hein ? Son expression est redevenue sérieuse. — Jamais. Il a marqué une pause avant d’ajouter : — Et si quelqu’un recommence à te faire du mal, tu viens me voir. Enfin… tu viens voir quelqu’un qui peut t’aider. Mais tu restes pas toute seule avec ça, compris ? J’ai hoché la tête. Puis, sans trop réfléchir, j’ai murmuré : — Et si c’est toi qui me fais pleurer un jour ? Il m’a regardée, surpris. — Moi ? — Ouais. Il a baissé les yeux vers moi, puis il a répondu d’une voix calme : — Alors tu me le dis. Et j’essaie de réparer mes conneries. Je sais pas pourquoi, mais cette phrase m’a touchée plus que je voulais l’admettre. Il m’a tendu la main. — Allez, viens. On va à l’infirmerie, et après on va signaler ce qui s’est passé. J’ai pris sa main. Et, juste avant qu’il ouvre la porte, je l’ai arrêté. — Hé… Il s’est retourné. — Quoi ? J’ai hésité, puis j’ai souri timidement. — Merci de m’avoir sauvée. Il m’a regardée quelques secondes avant de répondre : — De rien, petite tête. — M’appelle pas comme ça ! Il a souri encore plus. — Bah quoi ? Tu préfères princesse ? — VA TE FAIRE FOUTRE ! Il a éclaté de rire en sortant du grenier. Et moi, malgré les larmes, la peur et la journée de merde que je venais de vivre, je l’ai suivi en souriant. Parce que, pour la première fois depuis longtemps, j’avais l’impression de ne plus être toute seule
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